Dijon, 8 h du matin, un samedi de septembre. Je suis sur le parvis de la gare, le vélo encore dans son emballage de location, et je regarde la file devant le guichet. Douze personnes. Toutes avec la même idée que moi : rejoindre Beaune par les vignes avant que la chaleur ne monte. Ce jour-là, j'ai compris une chose simple que personne ne m'avait dite : la Bourgogne à vélo, ce n'est pas une question de mollets. C'est une question d'organisation.
Parce que le parcours, lui, ne pose aucun problème. La Voie des Vignes, qui relie Dijon à Santenay en traversant la Côte de Nuits puis la Côte de Beaune, est presque entièrement balisée, majoritairement sur petites routes et chemins agricoles, et ne présente pas de difficulté technique. Le vrai casse-tête, c'est le reste : où louer, comment revenir, quel tronçon faire dans quel sens, et à quelle heure démarrer pour ne pas se retrouver à pédaler sous 34 °C avec trois dégustations dans les jambes.
Je vais vous raconter comment j'ai fini par maîtriser ce truc, y compris les deux erreurs que j'ai commises la première fois et qui m'ont coûté une demi-journée.
Points clés à retenir
- La Voie des Vignes relie Dijon à Santenay via Gevrey-Chambertin, Nuits-Saint-Georges, Beaune et Pommard : comptez 72 à 77 km selon le point de départ et les détours.
- Découpez en étapes de 20 à 25 km : c'est la bonne échelle pour profiter sans subir.
- Le dénivelé reste modeste mais les relances dans les vignes sont nombreuses : un VAE change complètement l'expérience.
- Le retour en train TER avec vélo est possible entre les grandes étapes, mais renseignez-vous sur les places disponibles.
- Partez tôt, avant 9 h, surtout en été et pendant les vendanges.
Où faire la Route des vignes à vélo en Bourgogne ?
La réponse courte : entre Dijon et Santenay. C'est l'axe historique, celui que tout le monde suit, et pour de bonnes raisons — il traverse les villages les plus prestigieux de la Côte d'Or sans jamais s'éloigner des parcelles.
Le tracé descend vers le sud en passant par Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges. Ensuite vient la Côte de Beaune : Aloxe-Corton, Beaune, Pommard, Volnay, Meursault, puis Santenay.
Le problème des kilométrages annoncés
Vous allez lire partout 72 km, parfois 77, parfois « 20 km par étape ». Ces chiffres ne sont pas faux, ils mesurent juste des choses différentes. Entre Dijon et Beaune, on est autour de 40 à 45 km selon que l'on suit le balisage strict ou qu'on monte dans les villages. Beaune–Santenay, c'est environ 22 à 25 km. Le total dépend donc surtout de vos détours.
Mon conseil : ne cherchez pas le chiffre exact. Cherchez la logique d'étape. Deux jours pour tout faire, c'est réaliste si vous roulez régulièrement. Trois jours, c'est confortable et c'est ce que je recommande à quiconque veut réellement s'arrêter.
Les variantes plus courtes
Si vous n'avez qu'un week-end, deux options tiennent la route :
- Beaune – Santenay aller-retour : environ 45 km, faisable en une journée avec deux arrêts dégustation.
- Dijon – Nuits-Saint-Georges : la partie la plus « Côte de Nuits », la plus spectaculaire visuellement, avec un retour possible en train.
Comment faire une balade à vélo dans les vignes ?
Franchement, une balade dans les vignes, ça ne s'improvise pas complètement. J'ai essayé, ma première année, de partir de Beaune « au feeling » un dimanche matin. Résultat : je me suis retrouvé sur une route départementale fréquentée au lieu d'un chemin de vigne, parce que le balisage local avait été modifié par des travaux de vendange.
Ce qui marche, concrètement :
- Chargez la trace GPX sur votre téléphone ou votre compteur avant de partir. La Voie des Vignes est balisée dans les deux sens, mais les panneaux ne suffisent pas quand un accès est fermé temporairement.
- Choisissez un point de départ avec une gare : Dijon, Beaune, Nuits-Saint-Georges et Santenay sont toutes desservies.
- Roulez le matin, entre 8 h et 12 h. Après, la lumière est plus dure et les routes plus chargées.
- Prévoyez de l'eau en quantité : les fontaines dans les villages ne sont pas légion, et une fois entre deux parcelles, vous êtes seul.
Louer un vélo à Dijon ou à Beaune
C'est le point le plus mal documenté et pourtant le plus bloquant. Les loueurs se concentrent à Dijon et à Beaune, et beaucoup proposent désormais des VAE. Deux choses à vérifier systématiquement :
- La possibilité de rendre le vélo dans une autre ville que celle de départ — c'est ce qui vous évite de revenir en arrière.
- Le transport des bagages entre deux étapes, souvent proposé en option payante par les agences locales.
Un détail que j'ai appris à la dure : réservez. En septembre, pendant les vendanges, les VAE partent vite. J'ai vu deux couples se voir refuser une location à 9 h du matin un samedi.
Comment parcourir les canaux de Bourgogne à vélo ?
Là, on change complètement de registre. Les canaux, c'est plat, ombragé par endroits, et ça n'a rien à voir avec les vignes. C'est le complément parfait si vous voulez rallonger le séjour ou si vous cherchez une journée de récupération.
Le canal de Bourgogne relie la Saône à l'Yonne, et sa partie dijonnaise se raccorde bien à la Voie des Vignes. Le canal du Centre, lui, descend vers le sud. Les deux sont aménagés en voies vertes sur une grande partie de leur linéaire, ce qui signifie : pas de voiture, revêtement stable, pentes quasi nulles.
Le raccordement avec la Voie des Vignes
La jonction se fait du côté de Dijon et vers Chalon. Concrètement, si vous voulez combiner les deux : faites les vignes sur deux jours, puis une journée de canal pour souffler. J'ai testé cette alternance sur trois jours et c'est, à mon avis, le meilleur usage du réseau — les jambes récupèrent sans qu'on s'ennuie.
Attention toutefois : les voies vertes le long des canaux sont parfois en stabilisé grossier. Un vélo de route à pneus fins n'y est pas à l'aise. Un gravel ou un VTC, oui.
Comment faire le tour de la Bourgogne à vélo ?
Le fameux « Tour de Bourgogne à vélo par les voies vertes ». C'est un itinéraire qui existe, qui relie plusieurs voies vertes régionales en boucle, et qui représente plusieurs centaines de kilomètres. Ce n'est plus une balade, c'est un voyage.
Est-ce que je le recommande ? Oui, mais pas pour une première expérience cycliste. Comptez une semaine minimum, plutôt dix jours pour le faire sereinement.
| Formule | Distance indicative | Durée réaliste | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Balade vignes courte | 22 à 25 km | Une demi-journée | Familles, débutants |
| Voie des Vignes complète | 72 à 77 km | 2 à 3 jours | Week-end prolongé |
| Vignes + canaux | 100 à 140 km | 3 à 4 jours | Cyclistes occasionnels |
| Tour de Bourgogne | Plusieurs centaines de km | 7 à 10 jours | Cyclotouristes aguerris |
Et le retour en train ?
Les TER bourguignons acceptent les vélos, généralement gratuitement ou pour un supplément modique, mais le nombre de places par rame est limité. Sur les trajets Dijon–Beaune ou Beaune–Chalon, ça se passe bien hors heures de pointe. En heure de pointe, c'est plus incertain.
Le truc que personne ne dit : un vélo non démonté dans un TER bondé, c'est un exercice de diplomatie. Prévoyez la marge.
Les erreurs que j'ai commises (et que vous pouvez éviter)
Deux, principalement, et elles m'ont coûté cher en temps.
La première : partir trop tard. Départ à 10 h 30 de Beaune en août. À midi, j'étais à Pommard, lessivé, avec encore 15 km à faire sous un soleil de plomb et aucune ombre sur le chemin. J'ai fini la journée à 16 h, sans profiter d'aucune dégustation. Depuis, je pars à 8 h. Toujours.
La seconde : sous-estimer les relances. Dans les vignes, on monte et on descend sans arrêt. Rien de long, mais beaucoup de petits coups de pédale. Sur un vélo de route, c'est gérable. Sur un vélo de location mal réglé, c'est une torture. Vérifiez la hauteur de selle avant de partir, même si le loueur vous dit que « c'est bon ». Ce n'était pas bon.
Faut-il un VAE ?
Si vous hésitez, prenez-le. Ce n'est pas une question de niveau physique, c'est une question d'usage : le VAE vous permet d'enchaîner deux dégustations dans la même journée sans finir à bout de souffle, et de rentrer au gîte à 18 h avec encore envie de dîner. Sur la Voie des Vignes, où l'intérêt est de s'arrêter souvent, c'est un choix rationnel.
Le seul bémol : l'autonomie. Sur 70 km avec du dénivelé et un vent de face dans la plaine, une batterie standard peut être juste. Demandez au loueur s'il prévoit une seconde batterie ou un chargeur pour la pause de midi.
Le dernier conseil
Les Climats de Bourgogne sont inscrits au patrimoine mondial depuis 2015, et on comprend pourquoi en roulant : ce ne sont pas des paysages grandioses, ce sont des paysages construits, parcelles minuscules, murets, chemins creux. À vélo, à 15 km/h, on les lit. En voiture, on les traverse.
Alors la vraie question n'est pas « combien de kilomètres par jour ». C'est : à quelle vitesse voulez-vous regarder ? Si la réponse est « lentement », deux jours sur la Voie des Vignes suffisent à remplir une année de souvenirs. Et si vous croisez un vendangeur qui vous propose un verre à même la benne, dites oui. Ça ne figure sur aucun itinéraire balisé.